Beijing hutong de shenghuo

Beijing hutong de shenghuo, journal de voyage Beijing - Shanghai - Guangzhou - Hong Kong - Macao - Taipei, Xinjiang, Yunnan, Tianjin

29 octobre 2008

Lost in the train

“Poetry is what gets lost in translation” - “La poésie, c’est ce que l’on ne peut traduire” (Robert Frost).

Et pourtant, la poésie surgit de l’erreur qui parfois la dépasse, surpasse ou trépasse …

To continue…

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06 octobre 2008

Jeu de reflets infini sur les quatre côtés de la cour

De jour, les branches des arbres baguenaudent, dessinant la girafe et découpant des ombres mouvantes de papier ciselé et oiselé, dans lesquelles s’imaginent des formes insoupçonnées. Les deux arbres se ressemblent étrangement : la stature, la forme des feuilles, leur disposition sur chaque branche, les troncs fins et torses, les branches également réparties, les fruits mûrs à l’automne qui jonchent le sol et les rainures du toit de tuiles en forme de vagues.

Les dattes mâchées par les tourterelles tombent en purée sur les pavés de la cour déjà moussus et boueux les rendant inutilement glissants par temps de pluie, laissent des auréoles pourpres sur la table qui s’accordent presque parfaitement à la nuance de rouge violet des cadres de fenêtres et de portes (alliance subtile avec le camaïeu de gris des façades, gris profond de l’aile sud et pierres plus ou moins noircies sur les trois autres côtés) ; la couleur presque pourrissante des dattes tombées rejoint imperceptiblement la teinte brunie des cadres intérieurs et de la porte d’entrée à deux battants. Par contraste, le vert menthe vieilli (frigo, machine à laver, cendrier, reflets des bouteilles de bière vides), tout aussi typique des vieilles cuisines et salles de bain campagnardes suisses, y perd sa modernité réassumée en intérieurs karimesques. Les murs blancs, souffrant de quelques traces d’humidité sous les fenêtres, sont badigeonnés jusqu’à mi-hauteur d’un gris HLM écaillé. Les grenades orange aux fruits roses s’éclaboussent en étoiles sur le sol ou se coincent dans le creux d’une des vagues du toit. L’association de ces deux arbres dans une même cour est, paraît-il, aussi propitiatoire que celle des quatre caractères inscrits sur le panneau qui accueille les visiteurs et repousse les mauvais esprits à l’entrée : 吉祥如意 (fortune et bonheur).

Les croisées aux dessins géométriques, divisées en trois sur la largeur, en deux sur la hauteur, laissent passer la lumière automnale selon des horaires décalés (très tôt le matin à 5 heures, très tôt le soir à 18 heures), lumière chaude mais parfois parcimonieuse, filtrée encore par les moustiquaires vertes en haut, par des tissus clairs à motifs de fleurs ou de perroquets en bas et, pour les portes, vitrées elles aussi, donnant accès à des zones d’intimité (nos chambres, la salle de bain, les toilettes), par des papiers autocollants translucides, de mosaïques en vert, bleu et violet, qui créent de véritables kaléidoscopes dont les changements ne proviennent plus d’un mouvement giratoire au bout d’un cylindre, mais de l’ouverture et de la fermeture des battants. Les lucarnes, sur la paroi opposée aux fenêtres, donnent sur la rue au nord et nous bercent de sons mélangés d’insultes, des mélopées des tricycles offrant le recyclage de tous les déchets (mais parmi lesquelles nous n’avons toujours pas réussi à distinguer celle des charrettes bleues de la levée des poubelles), d’interpellations de seuil à seuil, de grondements de creusements (toute la rue est ouverte et refermée d’un jour à l’autre pour d’obscurs travaux de connexion et de branchements s’apparentant à une guerre de tranchées entre ouvriers et passants… je me faisais l’effet d’un sherpa quand, traînant valise et portant sac sur le dos, j’ai dû franchir les passerelles de planches branlantes pour arriver jusqu’à ma porte).

Les stries jaunes du contreplaqué de la table ronde jurent avec ses pieds chromés et avec les coussins en skaï bordeaux passé des chaises pliables. Le bambou ajouré de la chaise longue repose sa silhouette allongée entre nuages gris et rayon de soleil assombri d’envols de tourterelles, de balancements de feuillage, de bruissements de bambou, de pages trop vite tournées (romans en français) ou trop longtemps immobiles (romans chinois et cours de langue), de fumée de cafetière, tasses de thé et cigarettes, d’habits voguant sur la corde d’étendage.

La nuit, les jeux de lumières et reflets créent dans la cour du siheyuan un labyrinthe de foire aux miroirs déformants, une boîte noire de tirages sépia argentiques, surannés et recolorisés, un théâtre d’ombres chinoises. Les pavés de la cour, divisée d’une onde irrégulière créée par la lumière crue(lle) d’un lampadaire, réfractent des noirs et des blancs ressemblant à une partie de go inachevée, échos carrés des ombres et clartés onduleuses qui font briller d’un son de gong les tuiles du toit ouest ou nichent dans leurs creux et irrégularités le son mat et obscur d’un poisson de bois.

Par temps clair, le cône du réverbère attire, comme de minuscules moustiques vrombissants, les particules de poussière polluées et lourdes comme du plomb, pour que s’y forme une brume d’histoires de fantômes et de n’y revenons(-nants) pas. La lanterne rouge grillagée de l’aile est diffuse sa calme lueur, ambiance « levez les lanternes rouges » d’Adieu ma concubine, ondule le sol de serpentines allusions, surquadrille les croisées et brouille la vue, tandis que l’éclairage de projecteurs de scène ou de cinéma des ampoules nues du nord inonde le moindre recoin et détail d’un éclat à peine atténué par le feuillage du grenadier et que la lanterne ouest, encadrée de verre poli, perce tout juste l’ombre pour envelopper de sa lueur assourdie les selles, chromes tordus et sonnettes rondes de nos vélos transis (-toires, -tors, -tordus).

Par temps de pluie, mon ombre avec chapeau pointu des rizières, les flaques, des étincelles de gouttes comme un son et lumières, le crépitement des rayons de pluie, créent une atmosphère sans gueule, décalée et irréelle, qui fait frissonner des pieds mouillés aux cheveux humides, augure de traversées obligées somnambuliques, hypnotiques, rocambolesques et périlleuses, nimbe d’imaginaire une cour et un agencement si carrés, qu’il semble extraordinaire qu’ils en viennent à évoquer et provoquer autant d’arabesques acrobatiques.
Ne manquez pas les photos de notre coin de paradis.

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06 mai 2008

Et que sera la prochaine?

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这是四点零八分的北京

食指 (郭路生)

这是四点零八分的北京,
一片手的海洋翻动;
这是四点零八分的北京,
一声雄伟的汽笛长鸣。

北京车站高大的建筑,
突然一阵剧烈的抖动。
我双眼吃惊地望着窗外,
不知发生了什么事情。

我的心骤然一阵疼痛,一定是
妈妈缀扣子的针线穿透了心胸。
这时,我的心变成了一只风筝,
风筝的线绳就在妈妈手中。

线绳绷得太紧了,就要扯断了,
我不得不把头探出车厢的窗棂。
直到这时,直到这时候,
我才明白发生了什么事情。

——一阵阵告别的声浪,
就要卷走车站;
北京在我的脚下,
已经缓缓地移动。

我再次向北京挥动手臂,
想一把抓住他的衣领,
然后对她大声地叫喊:
永远记着我,妈妈啊,北京!

终于抓住了什么东西,
管他是谁的手,不能松,
因为这是我的北京,
这是我的最后的北京。

 

Pékin, 4h08 du matin

Shi Zhi (Guo Lusheng)

 

C’est Pékin à 4h08 du matin,
Une vague de ressac ;
C’est Pékin à 4h08 du matin,
Le son strident d’une sirène.

L’immense bâtiment de la gare de Pékin,
Soudain secoué d’un violent tremblement.
Mes yeux écarquillés qui fixent la fenêtre,
Sans savoir ce qui vient d’arriver.

Mon cœur soudain si souffrant, c’est sûrement
Le fil de maman qui recoud un bouton, son aiguille qui transperce ma douleur.
C’est à ce moment que mon cœur se transforme en tricot,
Et ce tricot est justement entre les mains de maman.

Le fil est trop serré, il faut qu’il se relâche,
Mais je ne peux en tirer le cadre de la fenêtre.
Ce n’est qu’à ce moment, et qu’à ce moment-là,
Que j’ai compris ce qui se passait.

La clameur intermittente des adieux,
Qui enveloppe la gare ;
Pékin sous mes semelles,
Qui vacille déjà lentement.

Moi qui encore une fois brandit mon bras vers Pékin,
Et pense la saisir,
Et après l’interpelle :
Souviens-toi de moi à jamais, maman, Pékin !

Mais quiconque voudrait saisir quoi que ce soit,
En serait pour sa faim,
Car c’est mon Pékin à moi,
L'image ultime de mon Pékin personnel.

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05 février 2008

Black Movie

Pour découvrir quelques films chinois…

Diao Yinan 刁亦男 (夜车Ye che, Night train, Train de nuit, 2007). Sur les écrans suisses à partir du 13 février 2008.

Zhang Miaoyan 张淼焱 (小林, 小丽 Xiaolin, Xiaoli).

Rétrospective Tsai Ming-Liang

Et tout le reste sur:

http://www.blackmovie.ch


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18 avril 2007

Fake China Pop

A voir si vous voulez vous faire une idée de la reproductibilité de l'art chinois (il s'agit de copies d'artistes chinois plus ou moins connus par des professeurs d'art venant des zones rurales de la Chine): l'exposition "FAKE CHINA POP", en avril, chaque mercredi/jeudi/vendredi de 18h à 21h, 10 rue des Vieux-Grenadiers (dans l'enceinte de la SIP en face du MAMCO à Plainpalais à Genève, www.le-pap.ch).

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30 mars 2007

Lecture pour Taipei

Zhu Shaolin, La Chanson du Café Triste, Taipei, Jiuge chubanshe, 1996 (6e édition, 2005).
朱少麟, 《傷心咖啡店之歌》, 臺北, 九歌出版社, 1996 (2005, 初版6).
On trouve une version int
égrale du roman en chinois sur
http://big5.cri.cn/gate/big5/gb.cri.cn/3601/2005/07/08/882@613953.htm

Ebauche de traduction. Merci à Sarah, Michel, Zhang Ning, Jeyanthy, Yvan et Lionel
pour leurs suggestions et commentaires. Autres remarques bienvenues…

Chapitre 1, pp. 1-2. 

« Selon les observations des scientifiques, les typhons de l’hémisphère nord tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, sur un axe autour duquel s’enroulent tous les nuages environnants, jusqu’à former une tempête en vortex. C’est pourquoi, s’il nous était donné l’occasion d’observer le phénomène d’une hauteur de 40'000 pieds, il serait très facile de comprendre pourquoi la partie du ciel juste en marge du typhon acquiert une telle netteté, pourquoi ce ciel est si clair, pur et sans nuage.

« Madi, juste avant qu’elle ne perde connaissance, vit justement un tel ciel, bleu et limpide comme une pierre précieuse.

« Le jeune policier se fraya à coups d’épaules un passage dans la foule, des gouttes de sueur roulant le long de ses joues. Baissant la tête, il vit ses chaussures humides, pleines d’un jus vert, et il lui vint l’envie d’utiliser les branches tombées des arbres pour les nettoyer. Cependant, il y avait tant de gens qui l’observaient qu’il sentit qu’il lui fallait conserver une attitude digne et qu’il se contenta alors d’écarter énergiquement la foule attroupée là et de pénétrer le cercle des curieux.

« De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu de typhon si violent. Cette nuit de tempête avait ravagé les arbres de la ville entière et laissé à sa traîne un ciel azuré presque inconnu à Taipei.

« Le jeune officier exerçait ses fonctions de policier de quartier depuis plus de deux ans et c’était la première fois qu’il éprouvait une telle confusion entre le travail et la vie. Les gens se plaignaient continuellement de ce que Taipei était trop poussiéreuse, de ce que son printemps n’était pas assez verdoyant et, en ce sens, le typhon était vraiment un démon survenu à force de suppliques. En un soir, Taipei s’était transformée en une ville couleur de jade. Les jeunes pousses chargées de tendres boutons et les feuilles naissantes avaient recouvert les rues, les véhicules, les avant-toits ; le vent qui balayait la ville les avait emportées jusqu’à ce qu’elles pénètrent même l’obscurité des arcades couvertes, des passages souterrains et des empilements accidentés de constructions illégales. Les feuilles tendres s’étaient déposées à terre, feuilles d’érable, de banyan, de camphrier, d’olivier, d’arbre à coton, de sophora, de palmier, d’osmanthus odorant, d’acacia, de figuier… Toutes les nuances de vert imaginables étaient tombées du ciel, comme dans un film à la fois joyeux et fantastique, après avoir virevolté dans l’espace infini, répandues à profusion à tous les niveaux du ciel.

« Mais personne n’avait vu ce film. Ce n’est qu’au matin, une fois que la pluie eut cessé et que le vent fut tombé, que les habitants poussèrent enfin leurs volets et aperçurent la Taipei d’émeraude. Ils se frottèrent les yeux, croyant rêver encore.

« Toute la journée, le jeune policier avait dirigé les ouvriers qui déblayaient les amoncellements de feuilles et de branches et les emportaient par camions entiers. Cela lui évoquait des souvenirs d’enfance quand, petit garçon en culottes courtes, il s’accroupissait sur la plage et creusait le sable avec sa petite pelle de plastique. C’était un sentiment très proche de celui qu’il éprouvait maintenant : même d’innombrables coups de pelle ne parvenaient pas à provoquer de changement notable. Il était exténué et affamé et, alors même qu’il attendait la relève de l’équipe suivante, voici qu’il devait se charger de régler un incident, une chute dans la rue.

« Trouver l’endroit ne fut pas bien difficile, puisque la foule des curieux délimitait très clairement le périmètre. Piétinant en chemin branches et feuilles, le jeune policier s’approcha et aperçut immédiatement Madi, paisiblement étendue au milieu de la chaussée.

« Sur le lit vert tendre des branchages et des feuillages éparpillés sur le sol, le jeune policier crut cependant voir une corolle rose pâle qui reposait, amenée par un souffle de vent. »

根據科學家的觀察,北半球的颱風是以逆時鐘的姿態,席捲附近所有的雲塊,形成一種漩渦狀的風暴。所以,如果你有機會從四萬呎的高空看下來,就很容易了解,為什麼颱風外圍的天域,是如此被搜括得乾乾淨淨,晴朗無雲。

 馬蒂在失去視覺前的最後一瞥,就是看見了這樣湛藍澄淨、寶石一樣的長空。 

 這個年輕的警察用手肘排開人群,汗珠正沿著他的臉頰滾落。他低頭看自己沾滿綠色汁液的皮鞋,很想利用腳底下的斷木殘枝揩乾凈。但是在這麼多的人注視之下,他感到有維持神色威嚴的必要,所以就攤開雙手,很有力地將圍觀的群眾撥到背後。

 在人們的記憶裡,從來沒有過這麼暴烈的颱風。一夜的狂風驟雨,摧毀了全城的樹木,留下了幾乎不屬於這個城市的蔚藍天空。 

 年輕的警察執行管區勤務已經有兩年多,第一次對他的工作與人生感到茫無頭緒。人們總是抱怨台北的灰塵太多,綠意太少,那麼,這場颱風真是個應願而來的魔咒了。一夕之間,台北變成翠綠之城。帶著細芽的嫩枝、青澀無依的樹葉鋪滿了馬路,鋪滿了車輛,鋪滿了屋檐,橫掃的勁風還將它們帶進了黑暗的騎樓、地下道,帶進了崎嶇堆疊的違章建築。柔軟的樹葉就地棲息,槭樹葉、榕樹葉、樟樹葉、欖仁樹葉、木棉樹葉、黃槐樹葉、大王椰子樹葉、七里香樹葉、相思樹葉、菩提樹葉……人們所能想到的所有綠色,全數從天而降,像個快樂又狂想的電影,漫空飛舞后,繽紛灑落在每個向天的平面。

 人們沒能看見這場電影。早晨,雨停風偃後,人們才推開窗扉,見到了綠色的台北。人們揉揉眼睛,覺得恍如還在夢境中。 

 一整天下來,年輕的警察指揮著工人,鏟起成噸的枝葉,用卡車運走。年輕的警察回想起小時候,穿著內褲的他蹲在海灘上,用塑膠玩具鏟子掘沙。那感覺與現在相倣,再多的鏟子也造不成太大的變化。他覺得非常之疲憊與饑餓,正等著交班,現在又接獲報案,得處理一樁路倒事件。

 要找到事件地點並不困難,圍觀的人群形成了明顯的地標。年輕的警察沿路踏著綠色枝葉走來,就看見了靜靜臥在路上的馬蒂。 

 警察卻以為,他看見的是滿地枝葉鋪就的柔軟綠床上,棲息著的一朵風吹來的,淺淺粉紅色的花蕊。


Chapitre 2, p. 2. 

« Cependant, même si l’on pouvait dire que Madi ressemblait, dans son tailleur rose pâle, à une petite fleur rose déposée par le vent, il fallait nécessairement que ce fût un vent venu de loin pour qu’il ait pu la transporter à la dérive au cours d’un si long trajet.

« Madi, avant de s’écrouler, avait traversé à pied la moitié de la ville de Taipei.

« Pendant tout ce temps, elle n’avait qu’espéré pouvoir marcher ainsi, droit devant elle. Quand elle rencontrait un feu vert, elle continuait de l’avant ; quand elle tombait sur un feu rouge, elle prenait un virage. Elle voulait seulement éviter à tout prix d’arrêter sa déambulation. Car, dès qu’elle s’arrêtait, elle ne pouvait s’empêcher de penser, de se demander quelle direction prendre.

« En ce crépuscule du plein été, et malgré le passage du typhon, ni l’aridité ni la chaleur de l’atmosphère ne s’étaient pourtant estompées par rapport au milieu de la journée. Madi avait ainsi marché sans but tout l’après-midi.

« N’étaient les chaussures à hauts talons qu’elle avait aux pieds, elle aurait bien aimé continuer à marcher ainsi éternellement. Porter ces chaussures à talons avait été une erreur consternante. »

[…]

如果說,穿著粉紅色洋裝的馬蒂像一朵風吹來的粉紅色小花,那麼一定是一陣長風,才能送著她飄過這麼遙遠的路程。

 在倒下去之前,馬蒂徒步走過了大半個台北市。 

 有很長一陣子,她多麼希望就這樣一直走下去。遇見綠燈就前行,遇見紅燈就轉彎,只是絕對不要停下腳步。因為一旦佇立,她就不免要思考,不免要面對何去何從。

 這颱風後盛夏的傍晚,空氣的燥熱並不稍減於中午,馬蒂就這樣漫無目的地走了一個下午。若非腳下的高跟鞋,她很願意永遠走下去。穿上這雙高跟鞋是個可怕的錯誤。

[…]            
           Flashback:
          Madi repense à cette journée. Elle a assisté au banquet de mariage d’une de ses camarades d’université (
琳達, Linda), au cours duquel elle a appris la mort, cinq ans auparavant, de son petit ami de l’époque, Jiesheng (傑生). Elle fuit alors le banquet et commence cette errance dans la ville de Taipei menacée par le typhon.
        Le procédé rétrospectif permet au lecteur d’en apprendre plus sur le personnage de Madi : étudiante du département d’anglais, elle était une personne très solitaire qui n’entretenait que peu de relations amicales avec ses condisciples, mais elle a été très influencée par l’indépendance de pensée de Jiesheng, avec lequel elle a vécu pendant ses études, avant qu’il ne la quitte et qu’elle ne soit obligée de réintégrer le campus à cause d’une situation familiale difficile. On apprend également que Madi est mariée, que le fait que son mari soit à l’étranger prélude à une séparation définitive, qu’elle habite néanmoins encore chez ses beaux-parents et que ses relations avec eux sont tendues.


Chapitre 2, p. 16.

« A la fin, elle était arrivée au croisement entre Taipei et Xindian. A gauche de cette route qui longeait les digues de la rivière, rampaient les herbes folles et serpentait le lit presque asséché du fleuve ; à droite, il semblait qu’il y ait un marché de nuit, ou plutôt, un marché de nuit encore calme dans le crépuscule.

« Madi se sentit un peu essoufflée, son champ de vision commença à tournoyer comme un disque sur une platine, ses pas se firent mal assurés. Plus loin, un grand arbre vert arraché par le vent lui obstrua le passage. Madi vacilla ; elle avait envie de s’ensevelir au milieu des branchages mais, curieusement, ce fut l’arbre lui-même qui l’accueillit en son sein, comme s’il reprenait vie.

« C’est devant cet acacia déraciné que Madi tomba à la renverse. Les fragiles branchages retinrent son corps, sa jolie jupe plissée rose pâle se déploya au milieu des feuilles vertes, pareille à l’éclosion d’une corolle rose. Avant de perdre connaissance, elle aperçut ce ciel, bleu et transparent comme un saphir.

« Comment pouvait-il être si bleu, ce ciel ? Madi ferma les yeux. »

        最後她來到台北市與新店的交會處,這個傍著河堤的公路上,左邊是野草蔓生、半荒枯了的河床,右邊仿佛是個夜市,應該說,夕陽中尚未甦醒的夜市。

馬蒂覺得有點喘,眼前的視野開始像唱片一樣旋轉了起來,腳步有些虛浮。前面一大叢被風吹倒的綠樹擋住了她的腳步,馬蒂覺得猶豫,她有要把自己埋沒在枝葉裏的慾望,而很奇怪的,整棵綠樹也活起來了一樣向自己迎過來。

就在這一棵傾倒的相思樹前,馬蒂倒下去,柔軟的枝葉承接住了她的身軀,馬蒂淺淺粉紅色的可愛百褶裙,在綠葉中展開了,如同一朵粉紅花蕊的舒張。在失去視覺之前,她正好看見了澄淨得像藍寶石一樣的天空。 
       
            這天,怎麼可能這麼藍?馬蒂閉上了眼睛。
[…]

On revient à la fin du premier chapitre et à la fin du dialogue avec le jeune policier, et Madi va entrer dans le café qui donne son titre au roman. Toute l’introduction vise à montrer l’état de crise et d’insatisfaction dans lequel elle se trouve lorsqu’elle découvre ce petit café dont les habitués vont l’aider à changer sa vision de la vie et sa manière de vivre.


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05 février 2007

Lecture pour Macao

Antoine Volodine, Le port intérieur, Paris, Minuit, 1995.

« Derrière la porte, en effet, dans la ruelle qu’une chaleur malodorante écrasait, une vieille femme s’affairait, l’objectif étant d’écouter une cassette d’opéra chinois. Elle avait réparti ses os les plus amples sur un tabouret microscopique qui la haussait à environ dix centimètres du sol. Puis elle manipulait un petit magnétophone bon marché qui lui résistait modérément et qui ensuite se plia à sa volonté, somme toute raisonnable. Gongs et cymbales annonçaient le début de l’acte. Alors elle se calma. », p. 22.

IMG_0554opera« Dehors, la cassette d’opéra tournait, avec des distorsions et des pleurs.
« La voix suraiguë des actrices chinoises peut frôler le sublime, sans conteste, mais les tympans de Kotter n’étaient pas encore capables de s’en rendre compte. Cette voix sinuait au-dessus des flaques et des ordures qui parsemaient la ruelle, la venelle du Tarrafeiro où maintenant logeait Breughel. Elle vint s’enrouler autour du tueur et elle suscita en lui une grimace, et ensuite elle se déroula autour de Breughel. Celui-ci se remémora plusieurs spectacles. L’espace d’une seconde, il revécut de longues et très longues séances devant des temples, sous des charpentes de bambous, dans la touffeur que les moustiques aggravaient, sous des ventilateurs géants, la nuit.

« Je ne comprenais rien de ce qui se produisait sur les planches. Des généraux à visage peint se querellaient avec des princesses éblouissantes, se fiançaient, se mariaient, complotaient en habits de parade, la tête surmontée de plumes interminables, magnifiques, le dos hérissé de drapeaux. Je t’entendais qui. (…)
« Il y avait de l’insouciance dans l’air. Le public bavardait, mangeait, allait et venait. Le bruit de la circulation s’additionnait au brouhaha des spectateurs. Parfois la rumeur enflait au point que seuls les gongs et les cymbales possédaient assez d’énergie pour la percer. Au début de chaque acte, une lanterne magique était activée, qui projetait sur un bandeau vertical le texte chanté par les interprètes. Puis l’appareil s’enrayait et l’accessoiriste avait soudain un accès de rage et l’éteignait. Tu me disais quels caractères tu avais reconnus et cueillis au vol. Tu faisais des progrès en chinois. Moi, non. », pp. 27-29.

« Derrière la porte, les violons à deux cordes et la mandoline en forme de lune faisaient relâche. Jing hu, er hu et yue qin sont les noms de ces instruments, mais qui s’en soucie ? L’orchestre, quoi qu’il en soit, observait une pause. Non secondée par les musiciens, la soprane discourait sur un mode intermédiaire entre le chant et la déclamation, par groupes scandés de quatre ou cinq syllabes.
« J’adorais ce genre de passage. Ce jour-là, comme de coutume, je n’arrivais pas à y puiser le moindre phonème traduisible. La courbe mélodique du cantonais sautillait dans le silence de la ruelle. Elle envahissait l’heure torride, les recoins derrière les caisses à ordures, les tas de ferraille puante et de planches dont nul jamais ne songeait à se dessaisir. Les voyelles tintaient avec une clarté extrême, bariolée, sans cesse bondissant d’une hauteur à l’autre. Chaque demi-phrase était ponctuée par un claquement de cymbales. (…)
« J’aurais dû identifier l’extrait d’opéra dont madame Fong et moi nous délections, séparés par une porte rouillée et par deux mille ans de traditions peu miscibles, elle accroupie sur son tabouret nain, au milieu des poubelles qui encombrent la venelle du Tarrafeiro, et moi sur ma chaise, encerclé par les morts inutiles et les souvenirs. J’aurais dû citer le titre de l’œuvre. C’est ainsi que l’on procède en littérature.
« Mais la pression du pistolet sur ma tempe avait créé des turbulences en ma mémoire, et j’hésitais entre Mu Gui Ying accepte le sceau du commandement et La fleur de magnolia, n’excluant pas, en troisième hypothèse, La trahison de Wong Fui. », pp. 33-35.

« De l’autre côté de la fenêtre bruissaient des rumeurs inégales. Le brouhaha avait pour origine le hall d’arrivée du terminal, la station de taxis, le centre commercial.
« En cantonais, que ce soit dans les spectacles ou dans la rue, on entend souvent certaines syllabes se suspendre en point d’orgue au milieu des propositions, comme si le locuteur frappé d’hébétude refusait brusquement d’articuler le reste du mot ou de la phrase. Je dressais l’oreille et, jusqu’au petit matin, car le calme jamais ne s’établissait, je faisais collection de ces tons hauts, moyens, descendants, montants, semi-inférieurs, semi-supérieurs ou bas, de ces voyelles qui s’éternisaient, quelquefois avec véhémence, rarement avec langueur.
« Je cueillais cela, je prenais plaisir à moissonner cela, heure après heure, qui enrichissait des jacasseries ou des vociférations à quoi je ne comprenais goutte, et, à l’intention de Gloria, je le répétais. », pp. 48-49.

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19 janvier 2007

Au jour le jour 60

Hualian, le vendredi 19 janvier

- excursion en car dans les gorges de Taroko: à-pics vertigineux de la route creusée à flancs de coteau dans les vallées étroites et marbrées, érodées en formes étranges par les pluies et le torrent. Sous la pluie, c'est moins joli, mais tout aussi impressionnant. Et comme le disent les Taiwanais optimistes, c'est un autre ganjue (感覺, feeling), l'impression de se retrouver devant une peinture de shanshui (山水, montagnes et eaux), où les sommets se perdent dans les brumes et les montagnes glissent les unes derrière les autres en un dégradé qui va du vert sombre au gris fumée (je viens d'admirer certains des plus célèbres shanshui des Song au Musée National de Taiwan, ça inspire la comparaison et influence la vision). Cependant, les sentiers glissants, le port du parapluie, les petites gouttes d'eau qui tombent des corniches dans la nuque, les planches humides du pont de bois suspendu au-dessus du précipice, si ils augmentent la dose d'adrénaline, limitent parfois l'appréciation du paysage (il est conseillé de regarder ses pieds). Évidemment, il n'y avait pas grand monde, ce qui s'avère sans nul doute un grand avantage, et les grenouilles chantent de bonheur.

- en prime, nous avons droit (la famille coréenne et moi) à la visite d'un musée de géologie absolument inintéressant, d'un magasin de marbre dans lequel tous les vendeurs et vendeuses nous sautent dessus et d'un exemple de muséographie pseudo technologique raté (presque aussi bien que le musée de Qufu, la ville natale de Confucius, dans le Shandong). Mais cette fois, en lieu et place des démons volants qui glissent sur une poulie, ce sont les étapes de la fabrication de ces pelures de poisson que l'on utilise dans la cuisine japonaise qui sont expliquées sur des petits écrans clignotants, dans une odeur étouffante de poisson et des échos de voix superposées qui se déclenchent automatiquement dans un brouhaha incohérent. Très drôle, mais pas très instructif.

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14 janvier 2007

Au jour le jour 55

Taipei, dimanche 14 janvier

- visite de l'Université des Arts (Taipei Yishu Daxue) à Guandu, avec Jocelyn Chang et son amie Elma, toutes deux étudiantes de doctorat en dramaturgie, actrices, metteuses en scène, productrices de spectacles, etc. Visite du campus, exposition de dessins et impressions (litho, gravures...), librairies (achat de pièces de théâtre de dramaturges taiwanais avec conseils avises de spécialistes), discussions...
- opéra taiwanais avec Qing Ping, une amie de Jennifer qui travaille dans le théâtre pour enfants de la ville de Taipei. Trois heures étonnamment agréables de chant, poésie et wushu.

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13 janvier 2007

Au jour le jour 54

Taipei, samedi 13 janvier

- vernissage d'une expo de dessins à l'encre de Chine au Bamboo Curtain Studio (Zhuwei Gonzuo Shi), à Zhuwei, près de Danshui. Yum cha (boire le thé, ce qui veut dire manger aussi) succulent de plats sucrés et salés, même si je venais de m'enfiler une soupe de vermicelles à l'oie (juteux).
- je monte dans le même métro que Su Zhean (John), un ami américain -et néanmoins prof de français (et de futurologie?) à l'Université de Danshui- de mon amie, prof et élève taiwanaise de Genève, Chang Shih-Yi, et nous allons dans un bar, puis dans une boîte très boîtée (dixit l'ami canadien) dans laquelle on rentre mianfei (gratuitement), grâce aux relations de l'ami taiwanais musicien. Les deux autres filles (taiwanaises) et moi nous trémoussons allègrement, et les garçons aussi...

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