30 mars 2007

Lecture pour Taipei

Zhu Shaolin, La Chanson du Café Triste, Taipei, Jiuge chubanshe, 1996 (6e édition, 2005).
朱少麟, 《傷心咖啡店之歌》, 臺北, 九歌出版社, 1996 (2005, 初版6).
On trouve une version int
égrale du roman en chinois sur
http://big5.cri.cn/gate/big5/gb.cri.cn/3601/2005/07/08/882@613953.htm

Ebauche de traduction. Merci à Sarah, Michel, Zhang Ning, Jeyanthy, Yvan et Lionel
pour leurs suggestions et commentaires. Autres remarques bienvenues…

Chapitre 1, pp. 1-2. 

« Selon les observations des scientifiques, les typhons de l’hémisphère nord tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, sur un axe autour duquel s’enroulent tous les nuages environnants, jusqu’à former une tempête en vortex. C’est pourquoi, s’il nous était donné l’occasion d’observer le phénomène d’une hauteur de 40'000 pieds, il serait très facile de comprendre pourquoi la partie du ciel juste en marge du typhon acquiert une telle netteté, pourquoi ce ciel est si clair, pur et sans nuage.

« Madi, juste avant qu’elle ne perde connaissance, vit justement un tel ciel, bleu et limpide comme une pierre précieuse.

« Le jeune policier se fraya à coups d’épaules un passage dans la foule, des gouttes de sueur roulant le long de ses joues. Baissant la tête, il vit ses chaussures humides, pleines d’un jus vert, et il lui vint l’envie d’utiliser les branches tombées des arbres pour les nettoyer. Cependant, il y avait tant de gens qui l’observaient qu’il sentit qu’il lui fallait conserver une attitude digne et qu’il se contenta alors d’écarter énergiquement la foule attroupée là et de pénétrer le cercle des curieux.

« De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu de typhon si violent. Cette nuit de tempête avait ravagé les arbres de la ville entière et laissé à sa traîne un ciel azuré presque inconnu à Taipei.

« Le jeune officier exerçait ses fonctions de policier de quartier depuis plus de deux ans et c’était la première fois qu’il éprouvait une telle confusion entre le travail et la vie. Les gens se plaignaient continuellement de ce que Taipei était trop poussiéreuse, de ce que son printemps n’était pas assez verdoyant et, en ce sens, le typhon était vraiment un démon survenu à force de suppliques. En un soir, Taipei s’était transformée en une ville couleur de jade. Les jeunes pousses chargées de tendres boutons et les feuilles naissantes avaient recouvert les rues, les véhicules, les avant-toits ; le vent qui balayait la ville les avait emportées jusqu’à ce qu’elles pénètrent même l’obscurité des arcades couvertes, des passages souterrains et des empilements accidentés de constructions illégales. Les feuilles tendres s’étaient déposées à terre, feuilles d’érable, de banyan, de camphrier, d’olivier, d’arbre à coton, de sophora, de palmier, d’osmanthus odorant, d’acacia, de figuier… Toutes les nuances de vert imaginables étaient tombées du ciel, comme dans un film à la fois joyeux et fantastique, après avoir virevolté dans l’espace infini, répandues à profusion à tous les niveaux du ciel.

« Mais personne n’avait vu ce film. Ce n’est qu’au matin, une fois que la pluie eut cessé et que le vent fut tombé, que les habitants poussèrent enfin leurs volets et aperçurent la Taipei d’émeraude. Ils se frottèrent les yeux, croyant rêver encore.

« Toute la journée, le jeune policier avait dirigé les ouvriers qui déblayaient les amoncellements de feuilles et de branches et les emportaient par camions entiers. Cela lui évoquait des souvenirs d’enfance quand, petit garçon en culottes courtes, il s’accroupissait sur la plage et creusait le sable avec sa petite pelle de plastique. C’était un sentiment très proche de celui qu’il éprouvait maintenant : même d’innombrables coups de pelle ne parvenaient pas à provoquer de changement notable. Il était exténué et affamé et, alors même qu’il attendait la relève de l’équipe suivante, voici qu’il devait se charger de régler un incident, une chute dans la rue.

« Trouver l’endroit ne fut pas bien difficile, puisque la foule des curieux délimitait très clairement le périmètre. Piétinant en chemin branches et feuilles, le jeune policier s’approcha et aperçut immédiatement Madi, paisiblement étendue au milieu de la chaussée.

« Sur le lit vert tendre des branchages et des feuillages éparpillés sur le sol, le jeune policier crut cependant voir une corolle rose pâle qui reposait, amenée par un souffle de vent. »

根據科學家的觀察,北半球的颱風是以逆時鐘的姿態,席捲附近所有的雲塊,形成一種漩渦狀的風暴。所以,如果你有機會從四萬呎的高空看下來,就很容易了解,為什麼颱風外圍的天域,是如此被搜括得乾乾淨淨,晴朗無雲。

 馬蒂在失去視覺前的最後一瞥,就是看見了這樣湛藍澄淨、寶石一樣的長空。 

 這個年輕的警察用手肘排開人群,汗珠正沿著他的臉頰滾落。他低頭看自己沾滿綠色汁液的皮鞋,很想利用腳底下的斷木殘枝揩乾凈。但是在這麼多的人注視之下,他感到有維持神色威嚴的必要,所以就攤開雙手,很有力地將圍觀的群眾撥到背後。

 在人們的記憶裡,從來沒有過這麼暴烈的颱風。一夜的狂風驟雨,摧毀了全城的樹木,留下了幾乎不屬於這個城市的蔚藍天空。 

 年輕的警察執行管區勤務已經有兩年多,第一次對他的工作與人生感到茫無頭緒。人們總是抱怨台北的灰塵太多,綠意太少,那麼,這場颱風真是個應願而來的魔咒了。一夕之間,台北變成翠綠之城。帶著細芽的嫩枝、青澀無依的樹葉鋪滿了馬路,鋪滿了車輛,鋪滿了屋檐,橫掃的勁風還將它們帶進了黑暗的騎樓、地下道,帶進了崎嶇堆疊的違章建築。柔軟的樹葉就地棲息,槭樹葉、榕樹葉、樟樹葉、欖仁樹葉、木棉樹葉、黃槐樹葉、大王椰子樹葉、七里香樹葉、相思樹葉、菩提樹葉……人們所能想到的所有綠色,全數從天而降,像個快樂又狂想的電影,漫空飛舞后,繽紛灑落在每個向天的平面。

 人們沒能看見這場電影。早晨,雨停風偃後,人們才推開窗扉,見到了綠色的台北。人們揉揉眼睛,覺得恍如還在夢境中。 

 一整天下來,年輕的警察指揮著工人,鏟起成噸的枝葉,用卡車運走。年輕的警察回想起小時候,穿著內褲的他蹲在海灘上,用塑膠玩具鏟子掘沙。那感覺與現在相倣,再多的鏟子也造不成太大的變化。他覺得非常之疲憊與饑餓,正等著交班,現在又接獲報案,得處理一樁路倒事件。

 要找到事件地點並不困難,圍觀的人群形成了明顯的地標。年輕的警察沿路踏著綠色枝葉走來,就看見了靜靜臥在路上的馬蒂。 

 警察卻以為,他看見的是滿地枝葉鋪就的柔軟綠床上,棲息著的一朵風吹來的,淺淺粉紅色的花蕊。


Chapitre 2, p. 2. 

« Cependant, même si l’on pouvait dire que Madi ressemblait, dans son tailleur rose pâle, à une petite fleur rose déposée par le vent, il fallait nécessairement que ce fût un vent venu de loin pour qu’il ait pu la transporter à la dérive au cours d’un si long trajet.

« Madi, avant de s’écrouler, avait traversé à pied la moitié de la ville de Taipei.

« Pendant tout ce temps, elle n’avait qu’espéré pouvoir marcher ainsi, droit devant elle. Quand elle rencontrait un feu vert, elle continuait de l’avant ; quand elle tombait sur un feu rouge, elle prenait un virage. Elle voulait seulement éviter à tout prix d’arrêter sa déambulation. Car, dès qu’elle s’arrêtait, elle ne pouvait s’empêcher de penser, de se demander quelle direction prendre.

« En ce crépuscule du plein été, et malgré le passage du typhon, ni l’aridité ni la chaleur de l’atmosphère ne s’étaient pourtant estompées par rapport au milieu de la journée. Madi avait ainsi marché sans but tout l’après-midi.

« N’étaient les chaussures à hauts talons qu’elle avait aux pieds, elle aurait bien aimé continuer à marcher ainsi éternellement. Porter ces chaussures à talons avait été une erreur consternante. »

[…]

如果說,穿著粉紅色洋裝的馬蒂像一朵風吹來的粉紅色小花,那麼一定是一陣長風,才能送著她飄過這麼遙遠的路程。

 在倒下去之前,馬蒂徒步走過了大半個台北市。 

 有很長一陣子,她多麼希望就這樣一直走下去。遇見綠燈就前行,遇見紅燈就轉彎,只是絕對不要停下腳步。因為一旦佇立,她就不免要思考,不免要面對何去何從。

 這颱風後盛夏的傍晚,空氣的燥熱並不稍減於中午,馬蒂就這樣漫無目的地走了一個下午。若非腳下的高跟鞋,她很願意永遠走下去。穿上這雙高跟鞋是個可怕的錯誤。

[…]            
           Flashback:
          Madi repense à cette journée. Elle a assisté au banquet de mariage d’une de ses camarades d’université (
琳達, Linda), au cours duquel elle a appris la mort, cinq ans auparavant, de son petit ami de l’époque, Jiesheng (傑生). Elle fuit alors le banquet et commence cette errance dans la ville de Taipei menacée par le typhon.
        Le procédé rétrospectif permet au lecteur d’en apprendre plus sur le personnage de Madi : étudiante du département d’anglais, elle était une personne très solitaire qui n’entretenait que peu de relations amicales avec ses condisciples, mais elle a été très influencée par l’indépendance de pensée de Jiesheng, avec lequel elle a vécu pendant ses études, avant qu’il ne la quitte et qu’elle ne soit obligée de réintégrer le campus à cause d’une situation familiale difficile. On apprend également que Madi est mariée, que le fait que son mari soit à l’étranger prélude à une séparation définitive, qu’elle habite néanmoins encore chez ses beaux-parents et que ses relations avec eux sont tendues.


Chapitre 2, p. 16.

« A la fin, elle était arrivée au croisement entre Taipei et Xindian. A gauche de cette route qui longeait les digues de la rivière, rampaient les herbes folles et serpentait le lit presque asséché du fleuve ; à droite, il semblait qu’il y ait un marché de nuit, ou plutôt, un marché de nuit encore calme dans le crépuscule.

« Madi se sentit un peu essoufflée, son champ de vision commença à tournoyer comme un disque sur une platine, ses pas se firent mal assurés. Plus loin, un grand arbre vert arraché par le vent lui obstrua le passage. Madi vacilla ; elle avait envie de s’ensevelir au milieu des branchages mais, curieusement, ce fut l’arbre lui-même qui l’accueillit en son sein, comme s’il reprenait vie.

« C’est devant cet acacia déraciné que Madi tomba à la renverse. Les fragiles branchages retinrent son corps, sa jolie jupe plissée rose pâle se déploya au milieu des feuilles vertes, pareille à l’éclosion d’une corolle rose. Avant de perdre connaissance, elle aperçut ce ciel, bleu et transparent comme un saphir.

« Comment pouvait-il être si bleu, ce ciel ? Madi ferma les yeux. »

        最後她來到台北市與新店的交會處,這個傍著河堤的公路上,左邊是野草蔓生、半荒枯了的河床,右邊仿佛是個夜市,應該說,夕陽中尚未甦醒的夜市。

馬蒂覺得有點喘,眼前的視野開始像唱片一樣旋轉了起來,腳步有些虛浮。前面一大叢被風吹倒的綠樹擋住了她的腳步,馬蒂覺得猶豫,她有要把自己埋沒在枝葉裏的慾望,而很奇怪的,整棵綠樹也活起來了一樣向自己迎過來。

就在這一棵傾倒的相思樹前,馬蒂倒下去,柔軟的枝葉承接住了她的身軀,馬蒂淺淺粉紅色的可愛百褶裙,在綠葉中展開了,如同一朵粉紅花蕊的舒張。在失去視覺之前,她正好看見了澄淨得像藍寶石一樣的天空。 
       
            這天,怎麼可能這麼藍?馬蒂閉上了眼睛。
[…]

On revient à la fin du premier chapitre et à la fin du dialogue avec le jeune policier, et Madi va entrer dans le café qui donne son titre au roman. Toute l’introduction vise à montrer l’état de crise et d’insatisfaction dans lequel elle se trouve lorsqu’elle découvre ce petit café dont les habitués vont l’aider à changer sa vision de la vie et sa manière de vivre.


Posté par lorellou à 21:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Lecture pour Taipei

    不知道我剛剛的留言有沒有成功
    我再試一次

    我看到妳的blog上有中文
    妳可以打中文啊?
    哇~~~~
    那中文真的進步很多唷!

    Posté par Jocelyn, 01 avril 2007 à 20:25 | | Répondre
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