Beijing hutong de shenghuo

Beijing hutong de shenghuo, journal de voyage Beijing - Shanghai - Guangzhou - Hong Kong - Macao - Taipei, Xinjiang, Yunnan, Tianjin

22 avril 2009

Angkor

Angkor

Assujetties à la liane

Poussent les statues

Visages encombrants du mystère

Et gardiennes du temps

Et bla, et bla, et bla…

(Comme une impression de déjà-dit et tout se répète, et oui !)

 

Les légendes se disséminent en îlots dans un espace (autrefois) virginal (la vierge enfantant d’une innombrable progéniture), se fractionnent en cases immenses d’une légende-legendi-lecture d’avant l’envahissement par les spirales des lianes et les oublis du temps, se fondent dans le croulement des ruines, se superposent. Elles se suivent et se déroulent selon les indications averties de guides érudits, dans et contre le sens des aiguilles d’une montre, d’Est en Ouest, de Nord en Sud, depuis le stupa Nord-Ouest du deuxième périmètre (précisions qui révèlent l’émerveillement premier des découvreurs veinards, en de savantes reconstitutions spatiales à l’exhaustivité impossible et aveu d’échec à l’éternité).

Elles – légendes – se recomposent ensuite, en souvenir de gestes citées en arabesques gravées dans la pierre friable immuable de la mémoire. Derrière le panneau des paupières, rougeoyantes à la fine et mouvante membrane de la peau et aux ombres rapides de crépuscules tropicaux évanouis, elles revivent encore et bougent sans cesse, se meuvent en ondulations anguleuses de devatas figées et gracieuses, se contorsionnent en batailles et amours, se recomposent, s’alignent en faces gigantesques et grotesques ornées d’énigmatiques et ironiques sourires de Bouddhas contentés…

Les figures du Mahābhārata et du Rāmāyana s’acharnent à vaincre des hordes de barbares simiesques en cortèges de courtisanes et d’archers surmontés d’éléphants et de garudas chevauchés par des dieux cruels, s’affrontent en files interminables d’adversaires pour conquérir un royaume, se liguent en myriades d’alliés brassant la mer d’un serpent monstrueux enchaîné à un pivot de tortue immortelle pour produire des nuées d’apsaras volants… Des oiseaux minuscules et des fruits mûrs se nichent dans les frondaisons stylisées et, dans les coins, se cachent des supplices raffinés, des affections dissimulées et des deuils vengeurs ou fidèles…

Dans l’air chaud et vibrant, les stridulations d’insectes, les moiteurs végétales, les effluves d’un visiteur, le tressaillement d’une pierre enfouie dans le sable ; dans les nuances de lumière, mêlées à la patine des pierres, au velouté des mousses, aux éclats métalliques des racines, aux écaillements rouges et pourpres des peintures, au flash d’une photo de groupe, à la réverbération d’une feuille ou d’un nuage ; dans le puzzle vacillant d’un empilement de plots, de pierres vertes sur rousses, rouges sur mauves, grises sur poreuses, dans la tour de Pise d’un labyrinthe de culs-de-sac et de puits inversés, d’érections de lingams et de trous de termitières… : apparaît un sourire, s’efface une gaudriole, se remonte pied sur tête un assemblage inédit, vibre une aile de libellule, disparaît un soupir, renaît une autre histoire.

Angkor (plus exactement, Siem Reap) devient aussi : une ville autour de « rien » qui rassemble, deux rues qui longent un fleuve illuminé de lanternes, une rue de bars aux mojitos passables mais dangereux pour l’harmonie, des guesthouses pour tout public (ceux qui veulent le bruit et la fureur après tant de silence et d’introspection et ceux qui non), la foule qui gêne dans l’ascension mais se retire opportunément aux dernières lueurs, les pistes de sable et les ornières, le Cambodge à découvrir, les maisons sur pilotis, etc. Quand les légendes se prostituent… WE COME.

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24 décembre 2008

Chungking Express

Les rues de Hong Kong se teintent de l’ennui de la Grande Hébétude et de « la mélancolie présomptueuse de l’éternité » insufflées par les longues digressions alambiquées de La Montagne magique (Thomas Mann), qui pénètrent le climat subtropical de tempêtes de neige et de solitudes glaciaires, de mondanités bourgeoises et de jeux de hasard abstraits, sur fond de fourmilière paniquée par les derniers soubresauts boursiers. Le Peak en paraîtrait presque enneigé sous la pleine lune et les milliards d’ampoules s’embuent de flocons à mes yeux myopes qui aimeraient tant éviter sapins de Noël et vendeurs à bonnets de Père Noël.

Encore l’une de ces villes où l’on change de rive…

Tsim Sha Tsui, ses mythiques Mirador et Chungking Mansions décrépites, ses hordes de Pakistanais qui poussent dans les boutiques de tailleur et d’électronique, ses déplacements de cartons et de sacs à carreaux, ses « massage, massage » pareils au vrombissement des mouches, ses backpackers décatis mêlés à la foule des consommateurs de Rolex-Patek-Prada.

De l’autre côté, au prix modique d’une traversée sur ces ferries nonchalants dont on bascule les dossiers des sièges à chaque changement de rive, Central et ses tours (trous) bancaires, ses passerelles labyrinthiques au-dessus des vieux trams à impériale bringuebalants, son escalator géant au-dessus des ruelles de bazar sillonnées d’écoulements d’eau de poisson, de parfums d’encens, d’odeurs de plats de tous les coins du globe, ses trois pièces sombres chemises blanches empesées et fines cravates noires derrière lesquelles glissent les cocktails de la déconfiture, ses trottoirs aux portes de rideaux rouges devant lesquelles chevauchent, dénudées, de philippines putes sur des tabourets de bar.
Du quarante-neuvième étage d’un typique appartement hongkongais -id est, minuscule- tout cela semble vain comme le grondement de la circulation, le jeu de lego des immeubles enchevêtrés, l’équilibre précaire de tours longilignes ne bénéficiant que de l’assise insuffisante d’une superficie ridicule, l’exubérance des lumières, l’intensité urbaine menacée de tous côtés par la végétation luxuriante qui croule des montagnes environnantes et par les vagues démesurées que pourrait soulever le prochain typhon.
Les plages de sable désertes des îles délaissées, la mélodie incompréhensible du cantonais, les traversées paresseuses au touk-touk somnambule des ferries, les mélanges bigarrés des races, les cahotements du tram et la marche rythmée qui suit le flux apparemment erratique des passants sur passerelles suspendues endorment cependant la conscience, indifférente aux dangers des tentacules du dragon.

Pour d'autres descriptions de Hong Kong (Malraux et Wang Anyi).

Posté par lorellou à 05:17 - Tergiversations - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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