Beijing hutong de shenghuo

Beijing hutong de shenghuo, journal de voyage Beijing - Shanghai - Guangzhou - Hong Kong - Macao - Taipei, Xinjiang, Yunnan, Tianjin

18 avril 2007

Fake China Pop

A voir si vous voulez vous faire une idée de la reproductibilité de l'art chinois (il s'agit de copies d'artistes chinois plus ou moins connus par des professeurs d'art venant des zones rurales de la Chine): l'exposition "FAKE CHINA POP", en avril, chaque mercredi/jeudi/vendredi de 18h à 21h, 10 rue des Vieux-Grenadiers (dans l'enceinte de la SIP en face du MAMCO à Plainpalais à Genève, www.le-pap.ch).

mwp_web

 

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05 décembre 2006

Moganshanlu

IMG_0357Shanghai, mardi 5 décembre

Shanghai récupère Pékin, le site est récupéré par le marché de l'art (lard) avec prix en dollar(d)s, mais on sait que le vernis glamour de Shanghai l'emportera toujours sur la pruderie pékinoise.
Je vois un couple d'Espagnols naviguer entre les galeries en jaugeant du regard la valeur des œuvres comme sur un tableau de change ou un indice boursier, je vois des prix en dollars US s’afficher impudiquement (19’000$, vous me direz que c’est une paille dans la poutre de la productivité reproductible de ces tableaux cotés). Je vois des catalogues dans lesquels les peintures gagnent à être accrochées dans la salle de conférence d’une banque zurichoise ou le bureau d’un directeur d’assurance munichois. Je vois des autoreproductions en enfilade de succès déjà acquis qui ont renoncé au renouvellement. Mais je vois aussi, parfois, des artistes embrigadés qui cherchent à sortir de leur carcan de vente assurée, des brouillons étalés courageusement sur le sol d’une galerie en quête de nouveaux talents, des ateliers individuels de peintres sur le retour ou pas encore repérés, des ateliers collectifs croulant sous les croûtes sans espoir mais recelant soudain une esquisse torturée et fraîche. Je vois les répétitions de répétitions (grosses têtes, nombrilisme, expressions voilées de la sexualité, sérigraphies du canon socialiste détourné), mais aussi des essais plus ou moins aboutis de fusion des techniques traditionnelles (encre, copies d’oiseaux, fleurs, poissons, paysages shanshui) et de visions contemporaines (l’encre pour l’encre dans son tracé aqueux, rugueux, fluide, la copie d’oiseaux en pointillisme, l’expressionisme déformé en dilemme de conscience, la bulle du poisson rendue humaine et onirique, la fleur reproduite à l’identique sur de vieilles tables de campagne, des portraits lumineux). Certaines photographies en noir et blanc qui font ressortir les rares taches de couleur de l’urbanisme envahissant (une lanterne rouge, un parapluie rose, une chaussette jaune) touchent mon cœur d’une langueur monotone. Puis je vois les grands noms de Dashanzi ou du MOCA (Museum of Contemporary Art) de Shanghai imités et reproduits sans vergogne, dans les couloirs, étages et recovecos d’une structure pseudo postindustrielle, et je m’interroge sur la véritable histoire de l’individualisme chinois, ainsi présenté en tranches indigestes par le MOCA : 1. du socialisme à l’expressionisme individualiste, 2. du romantisme au souvenir de Shangri-la (http://en.wikipedia.org/wiki/Shangri-La) ; 3. signes visuels ; 4. Neo Literati Art ; 5. conceptualisme et crossover, et sur la véritable portée de l’originalité dans l’art plastique (question qui ne manque pas non plus de pertinence d’un point de vue littéraire, données mes longues énumérations médiévales pour le moins affectées et dignes du plus pur maniérisme imitationnel).IMG_0389

 

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24 novembre 2006

Dashanzi, 798 guang yishu qu

Dashanzi, site artistique de l'usine 798 (qijiuba guang yishu qu), Pékin

Le site est plus intéressant que ce que l'on peut y voir, même s'il recèle quelques perles. L'usine fumante est-allemande, ses labyrinthes de bâtiments en brique ras du sol, ses circuits de tubes qui se distribuent mystérieusement en embranchements successifs à deux ou trois mètres de hauteur le long des bâtiments, sa population mêlée d'artistes branchés et ratés, crève la faim ou snobs, d'étudiants aux Beaux Arts, de galeristes fauchés ou pleins aux as, de touristes et d'expats en quête de bonnes affaires (l'art contemporain chinois se vend de mieux en mieux) ou de curiosités, d'ouvriers laissés-pour-compte qui tentent de résister à coups de brouettes (voir le merveilleux documentaire fleuve de Wang Bin, West of tracks (Tiexi qu), 2002, pour une chronique du démantèlement des anciens complexes industriels chinois) et d'ouvriers qui triment pour rénover ces espaces industriels au profit d'amateurs friqués, d'affairistes éclairés ou de promoteurs opportunistes... tous entrelacent leurs gestes laborieux, lascifs, blasés, dans cet espace entre-deux-eaux au coeur de la ville. Quelques perles s'égrennent néanmoins au fil embrouillé de cet écheveau:

IMG_0223 - la silhouette d'un visage grossier de profil (AK47, alias Zhang Dali), qui marque un mur en brique, comme un profil en écho qui stigmatise à double les murs destinés à la destruction des hutong de Pékin. Ce visage bobet se superpose ainsi aux centaines de signes chai (destruction) qui dépeuplent les quartiers soi-disant insalubres du centre. Parfois, sa silhouette découpée à la hache et à la masse dans la structure de brique ou de ciment laisse apparaître les grues déjà au travail dans un champ de gravats ou un bout de ciel.

- les photographies d'un artiste suisse (???), qui superposent les images d'une super modernité triomphante (profusion d'enseignes lumineuses tokyoites, publicités pour des produits de beauté aux visages démesurés de béatitude juvénile, technicité arrogante des nouvelles bouches de métro ou des super-complexes commerciaux) et celles de la rampante misère inconnue et inadmissible: les mingong, population migrante d'ouvriers en rotation 24/24 sur les chantiers et dans les dortoirs, les mendiants sans bras, jambes ou mains qui s'aplatissent face contre terre en innombrables ketou (se frapper la tete contre le sol en signe d'humilité), les clochards chevelus qui fouillent les poubelles. Innocence du regard des uns et des autres cependant, qui opère comme une coupe transversale de compréhension: d'où je viens, où je vais? Le destin en desseins et dessins.

- L'exposition "Chinese on the train" de Wang Fuchun:

chinese_on_the_trainDes enfants endormis dans les bras de leur (?) grand-mère, les fesses à l'air, changés, nourris au sein, la morve au nez, crasseux, endimanchés, sérieux, joueurs, pleurant, riant, lisant, boudant, et, autour d'eux, l'indulgence inaliénable des adultes...
Des photos de mariage surdimensionnées qu'une mère ramène au village après une noce lointaine, des couples qui se forment, s'éternisent et se défont de part et d'autre d'une tablette supportant un thermos et un récipient rectangulaire de fer blanc qui recueille les pelures de fruits et les écorces de graines de tournesol, un homme et une femme qui regardent défiler les plaines par la fenêtre ou laissent leur regard se séparer dans le vague au travers du rideau de tulle, des amoureux qui se serrent sur la même couchette dure de 60 cm de large, des cheveux ébourriffés qui émergent d'une couverture, tandis qu'à l'autre bout les pieds s'emmêlent, des regards sans réponse qui se perdent dans un face-à-face éludé...
Des amitiés viriles autour d'un damier de plastique pliant, des complicités joueuses autour d'une partie de mahjong, des bonheurs enfantins, la tête passée par la fenêtre pour rire au vent dans les mornes plaines du Xinjiang ou du Qinghai...

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22 novembre 2006

N12

Pékin, mercredi 22 novembre

Au coeur du quartier chic des ambassades (Sanlitun), une galerie propose une exposition du collectif d'artistes N12 (12 noms, je suppose, mais tous ne sont pas représentés). Il y a du lard et du cochon, cette expression paraissant tout à fait idoine  pour la cuisine chinoise où le cochon trouve justement sa plus sublime expression dans son lard, son groin, sa queue, ses pattes ou ses oreilles, son jambon introuvable étant sans doute la perle jetée dans sa propre auge.
Pour revenir à nos moutons, les gros empâtements de peinture qui s'amoncellent sur certaines toiles peuvent sans doute se comparer au lard et certaines imitations d'artistes contemporains occidentaux (les sculptures en métal qui miment des baudruches-bouées en plastique, je ne sais plus qui c'est, mais j'ai déjà vu), à un groin qui aurait flairé la bonne affaire. Pour les représentations nombrilistes sérielles de l'artiste (e-femme) en vêtements fétichistes qui dénudent, j'imagine que la queue restera un symbole parlant, d'autant que le jeu de miroir permettrait de la voir (la queue toujours, même si elle se présente sous sa forme lapine de play-boy). La catégorie "pattes" conviendrait aussi bien au plus pire (crapahutement répétitif de motifs obsessionnels) qu'au moins pire (portraits en pied, c'est-à-dire coupés à mi-cuisse, de réunions de voisinage féminines). Les oreilles sont difficilement attribuables à ces oeuvres muettes, à part si l'on déploie suffisamment d'imagination pour transférer les soies des oreilles d'un porc à la texture soyeuse d'une peinture au graphe ou aux traits déliés d'un pinceau plus inspiré... Ou alors, il faudrait les associer (les oreilles toujours) à une tradition (bouche à oreilles) de représentations directement reliées au canon socialo-communiste, mais peu à peu déformées et ironisées par l'introduction de symboles capitalistes et ultra-libéraux (mais coller un billet vert ou un M McDo sur un portrait de Mao ou un slogan révolutionnaire ne nous parait pas si contestataire). Les gros visages poupins roses qui flottent dans des cieux azurés - imitation d'artistes chinois déjà cotés et célèbres - rappellent encore une fois la tête du cochon et sa farce.
Pour le jambon, je réfléchirai...

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