22 avril 2009
Angkor
Assujetties à la liane
Poussent les statues
Visages encombrants du mystère
Et gardiennes du temps
Et bla, et bla, et bla…
(Comme une
impression de déjà-dit et tout se répète, et oui !)
Les légendes se disséminent en îlots
dans un espace (autrefois) virginal (la vierge enfantant d’une innombrable
progéniture), se fractionnent en cases immenses d’une légende-legendi-lecture d’avant l’envahissement
par les spirales des lianes et les oublis du temps, se fondent dans le
croulement des ruines, se superposent. Elles se suivent et se déroulent selon
les indications averties de guides érudits, dans et contre le sens des
aiguilles d’une montre, d’Est en Ouest, de Nord en Sud, depuis le stupa
Nord-Ouest du deuxième périmètre (précisions qui révèlent l’émerveillement
premier des découvreurs veinards, en de savantes reconstitutions spatiales à
l’exhaustivité impossible et aveu d’échec à l’éternité).
Elles – légendes – se recomposent ensuite,
en souvenir de gestes citées en arabesques gravées dans la pierre friable immuable
de la mémoire. Derrière le panneau des paupières, rougeoyantes à la fine et
mouvante membrane de la peau et aux ombres rapides de crépuscules tropicaux
évanouis, elles revivent encore et bougent sans cesse, se meuvent en
ondulations anguleuses de devatas
figées et gracieuses, se contorsionnent en batailles et amours, se recomposent,
s’alignent en faces gigantesques et grotesques ornées d’énigmatiques et
ironiques sourires de Bouddhas contentés…
Les figures du Mahābhārata et du Rāmāyana s’acharnent à vaincre des hordes de
barbares simiesques en cortèges de courtisanes et d’archers surmontés
d’éléphants et de garudas chevauchés
par des dieux cruels, s’affrontent en files interminables d’adversaires pour
conquérir un royaume, se liguent en myriades d’alliés brassant la mer d’un
serpent monstrueux enchaîné à un pivot de tortue immortelle pour produire des
nuées d’apsaras volants… Des oiseaux
minuscules et des fruits mûrs se nichent dans les frondaisons stylisées et,
dans les coins, se cachent des supplices raffinés, des affections dissimulées
et des deuils vengeurs ou fidèles…
Dans l’air chaud et vibrant, les
stridulations d’insectes, les moiteurs végétales, les effluves d’un visiteur, le
tressaillement d’une pierre enfouie dans le sable ; dans les nuances de
lumière, mêlées à la patine des pierres, au velouté des mousses, aux éclats
métalliques des racines, aux écaillements rouges et pourpres des peintures, au
flash d’une photo de groupe, à la réverbération d’une feuille ou d’un
nuage ; dans le puzzle vacillant d’un empilement de plots, de pierres
vertes sur rousses, rouges sur mauves, grises sur poreuses, dans la tour de
Pise d’un labyrinthe de culs-de-sac et de puits inversés, d’érections de lingams
et de trous de termitières… : apparaît un sourire, s’efface une gaudriole,
se remonte pied sur tête un assemblage inédit, vibre une aile de libellule,
disparaît un soupir, renaît une autre histoire.
Angkor (plus exactement, Siem Reap) devient aussi : une
ville autour de « rien » qui rassemble, deux rues qui longent un
fleuve illuminé de lanternes, une rue de bars aux mojitos passables mais dangereux pour l’harmonie, des guesthouses pour tout public (ceux qui
veulent le bruit et la fureur après tant de silence et d’introspection et ceux
qui non), la foule qui gêne dans l’ascension mais se retire opportunément aux
dernières lueurs, les pistes de sable et les ornières, le Cambodge à
découvrir, les maisons sur pilotis, etc. Quand les légendes se prostituent… WE
COME.
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