06 mars 2009

Itinéraires parallèles

Itinéraires parallèles

 

Lectures qui font dériver le voyage vers d’autres horizons ou vous y ramènent par d’étranges raccourcis de l’espace, du temps et de la pensée…

 

Vicky Baum, Shanghai Hôtel (1949, Paris, Phébus libretto, 1997) :

Revenir en Chine quand on s’en éloigne, reflets d’ambiance coloniale retrouvés dans l’architecture des bâtiments jaunes et décrépis de Hanoi, dans l’atmosphère d’imaginaire conspiration du Foreign Correspondents Centre de Phnom Penh.

Pékin-Nanning, Nanning-Hanoi, Hanoi, 16-18 janvier

 

Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine (Paris, NRF Gallimard, 2008) :

La description des bouges de Paris et de ses rues comme des égouts fournissent un répertoire non négligeable d’adjectifs applicables à l’aube aux vestiges d’un marché ou aux relents d’ordures qui s’exhalent au coin des ruelles.

La froide manipulation des âmes et la torture physique : ouverture du procès du responsable de S21, la prison des Khmers rouges, Phnom Penh, mardi 17 février 2009.

Hanoi, Hoian, 19-22 janvier

 

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux (Paris, Zulma, 2008)

Une nuée d’impressions directement palpables. Des allers-retours dans le temps et l’espace.

 

"-... Et chez vous, il y a aussi des jaguars dans la mata?

- Non.

- Et des tatous?

- Non plus...

- Des boas, des fourmiliers, des perroquets?

-... Nous avons des trains à grande vitesse, des Airbus et des fusées, Joao, des ordinateurs qui calculent plus rapidement que nos cerveaux et contiennent des encyclopédies complètes. Nous avons un grandiose passé littéraire et artistique, les plus grands parfumeurs, des stylistes géniaux qui fabriquent de magnifiques déshabillés dont trois de tes vies ne suffiraient pas à payer l'ourlet. Nous avons des centrales nucléaires dont les déchets resteront mortels pendant dix mille ans, peut être plus, on ne sait pas vraiment...Tu imagines ça, Joao, dix mille ans! Comme si les premiers Homo sapiens nous avaient légué des poubelles assez infectes pour tout empoisonner autour d'elles jusqu'à nos jours! Nous avons aussi des bombes formidables, de petites merveilles capables d'éradiquer pour toujours tes manguiers, tes caïmans, tes jaguars et tes perroquets de la surface du Brésil. Capables d'en finir avec ta race, Joao, avec celle de tous les hommes! Mais, grâce à Dieu, nous avons une très haute opinion de nous-même."


Là où les tigres sont chez eux (pp.326-327)

 

Hoian, Saigon, delta du Mékong (Ben Trê, île de Binh An), Mui Ne, 23-30 janvier

 

Une relation dangereuse : une merde déprimante de plus à ajouter aux bénéfices des hasards généralement malheureux des échanges de bouquins dans les guesthouses (il n’y avait même pas de SAS qui s’ouvre automatiquement aux pages d’exploits sexuels exotiques…).

Mui Ne, 31 janvier-2 février

 

Philip Roth, Quand elle était gentille (1966, Paris, folio Gallimard, 1971)

Ouf, nouvel arrivage…

Saigon, 2-3 février

 

Don Delillo, Bruit de fond

Saigon, île de Phu Quoc, 4-6 février

 

Ian Rankin, Ainsi saigne-t-il (1995, Paris, folio Gallimard, 2000)

Ile de Phu Quoc, Chau Doc (delta du Mékong), 7-9 février

 

Raphaël Constant, Eau de café (Paris, Grasset, 1991) :

La langue chaleureuse mâtinée de créole et surtout le rythme obsessionnel de la mer crainte à laquelle on tourne le dos va définitivement mieux avec les vagues de la mer de Chine occidentale qu’avec les relents figés du Mékong.

Chau Doc, Phnom Penh, 10-12 février – Mui Ne, 20-21 février

 

Graham Green, Le troisième homme

Phnom Penh, Siem Reap, Phnom Penh, Mui Ne, 13-19 février

 

 

 

Amitav Ghosh, Le pays des marées (2004, Paris, Laffont, 10/18, 2006)

 

« A la nuit tombante, le bateau aborda un méandre menant à un large chenal. La rive opposée, à plusieurs kilomètres de là, avait déjà sombré dans l’obscurité, mais, au milieu du fleuve, se dressait une sorte de palissade flottante. Piya s’empara de ses jumelles et découvrit qu’il s’agissait en fait d’un groupe de six barques de pêche, de même facture que celle sur laquelle elle se trouvait. Les bateaux étaient étroitement liés l’un à l’autre, bord à bord, et encordés contre le courant par une multiplicité de bouts. Bien qu’ils fussent à plus d’un kilomètre, Piya avait une vue très nette des équipages se livrant à leurs diverses activités. Certains pêcheurs assis, seuls, fumaient leurs bidis ; d’autres buvaient du thé ou jouaient aux cartes ; quelques-uns tiraient de l’eau de la rivière dans des seaux en acier pour laver leurs vêtements ou des ustensiles. Une barque, au centre du groupe, expédiait des volutes de fumée, et elle devina que c’était là que devait se préparer le dîner en commun. Un spectacle à la fois familier et curieux. Il lui rappelait des hameaux sur les rives du Mékong et de l’Irrawaddy : là-bas aussi, à l’approche de la nuit, le temps semblait à la fois s’accélérer et s’immobiliser, des spirales paresseuses de fumée s’élevant dans la pénombre, tandis que des baigneurs descendaient en hâte vers la rivière pour se laver de la poussière de la journée. Mais la différence, ici, c’était que ce village avait déserté la rive et s’était ancré en plein milieu du fleuve. Pourquoi ? » (pp. 102-103)

 

« Sous la peau de la poitrine du pêcheur, les côtes saillaient telle les cannelures d’une boîte de conserve débarrassée de son étiquette. L’eau formait des dessins autour de lui, dégoulinant le long des contours de son corps comme d’une fontaine à étages.

Quand le père et le fils eurent terminé, ce fut le tour de Piya. Un seau d’eau fut tiré et l’abri dissimulé par le sari. Dans l’espace confiné du bateau, il n’était pas facile de changer de place : impossible pour les trois occupants d’être debout en même temps, et ils durent donc se mettre sur le ventre et se glisser en se tortillant sous le taud cerclé, coudes, hanches et ventres mélangés. (…)

Piya émergea de l’autre côté pour découvrir un fleuve vif-argent. Toutes les étoiles, à part les plus brillantes avaient été obscurcies par la lune, et il n’y avait pas d’autre lumière, ni sur terre ni sur l’eau. Pas le moindre son, hormis le clapotis de l’eau, car le rivage était si loin que même les insectes de la forêt étaient inaudibles. Jamais, sauf en haute mer, la trace humaine ne lui avait paru aussi faible, proche de l’indétectable. » (p. 105)

 

« Je les imaginais, ces milliers de gens, avançant, sans autre désir que de plonger de nouveau les mains dans la boue douce et tendre de notre pays des marées. Je les voyais arrivant, jeunes et vieux, ingambes ou boiteux, leur vie en balluchon sur la tête, et je compris que c’était d’eux que parlait le Poète quand il disait :

Chaque obscur retournement du monde ainsi a ses déshérités auxquels n’appartient plus ce qui était et pas encore ce qui s’approche (Rainer Maria Rilke, « Septième élégie », in Elégies de Duino) ». (pp. 199-200)

 

Saigon, Hanoi, 22-24 février

Andreï Makine, La vie d’un homme inconnu (Paris, Seuil, 2009)

Hanoi, 24-25 février

 

W. Wilkie Collins, La Dame en blanc (XIXe s., Paris Phébus libretto, 1995)

Nanning, Nanning-Pékin, 25-26 février

 

 

Posté par lorellou à 01:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Itinéraires parallèles

    Jean-Marie Blas de Roblès

    "... Et chez vous, il y a aussi des jaguars dans la mata?
    - Non.
    - Et des tatous?
    - Non plus...
    - Des boas, des fourmilliers, des perroquets?
    ... Nous avons des trains à grande vitesse, des Airbus et des fusées, Joao, des ordinateurs qui calculent plus rapidement que nos cerveaux et contiennent des encyclopédies complètes. Nous avons un grandiose passé littéraire et artistique, les plus grands parfumeurs, des stylistes géniaux qui fabriquent de magnifiques déshabillés dont trois de tes vies ne suffiraient pas à payer l'ourlet. Nous avons des centrales nucléaires dont les déchets resteront mortels pendant dix mille ans, peut être plus, on ne sait pas vraiment...Tu imagines ça, Joao, dix mille ans! Comme si les premiers Homo sapiens nous avaient légué des poubelles assez infectes pour tout empoisonner autour d'elles jusqu'à nos jours! Nous avons aussi des bombes formidables, de petites merveilles capables d'éradiquer pour toujours tes manguiers, tes caïmans, tes jaguars et tes perroquet de la surface du Brésil. Capables d'en finir avec ta race, Joao, avec celle de tous les hommes! Mais, grâce à Dieu, nous avons une très haute opinion de nous-même."

    Là où les tigres sont chez eux(pp.326-327)

    Posté par christel, 07 avril 2009 à 17:03 | | Répondre
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