24 décembre 2008
Chungking Express
Perdez-vous dans le regard de mon ami calligraphe et sinologue/phobe Cyril Tikhomiroff pour de belles photos :
de Hong Kong
de Chine
de Macao
Et dans celui de mon amie journaliste sinophile Christina Lionnet pour d'autres magnifiques photos (et le livre s'achète si vous êtes à court d’idées pour Noël).
Macao
Jacques Brel, La chanson de Jacky
"Même si un jour à Macao
Je deviens gouverneur de tripot
Cerclé de femmes languissantes
Même si lassé d'être chanteur
J'y sois devenu maître chanteur
Et que ce soit les autres qui chantent
Même si on m'appelle le beau Serge
Que je vende des bateaux d'opium
Du whisky de Clermont-Ferrand
De vrais pédés de fausses vierges
Que j'aie une banque à chaque doigt
Et un doigt dans chaque pays
Et que chaque pays soit à moi
Je sais quand même que chaque nuit
Tout seul au fond de ma fumerie
Pour un public de vieux Chinois
Je rechanterai ma chanson à moi
Celle du temps où je m'appelais Jacky
Être une heure une heure seulement
Être une heure une heure quelquefois
Être une heure rien qu'une heure durant
Beau beau beau et con à la fois"
Pour une
autre plongée lyrique, signée Antoine Volodine.
Et pour l’imagination
spatiale.
Chungking Express
Les rues de Hong Kong se teintent de l’ennui de la Grande Hébétude et de « la mélancolie présomptueuse de l’éternité » insufflées par les longues digressions alambiquées de La Montagne magique (Thomas Mann), qui pénètrent le climat subtropical de tempêtes de neige et de solitudes glaciaires, de mondanités bourgeoises et de jeux de hasard abstraits, sur fond de fourmilière paniquée par les derniers soubresauts boursiers. Le Peak en paraîtrait presque enneigé sous la pleine lune et les milliards d’ampoules s’embuent de flocons à mes yeux myopes qui aimeraient tant éviter sapins de Noël et vendeurs à bonnets de Père Noël.
Encore l’une de ces villes où l’on
change de rive…
Tsim Sha Tsui, ses mythiques Mirador
et Chungking Mansions décrépites, ses hordes de Pakistanais qui poussent dans
les boutiques de tailleur et d’électronique, ses déplacements de cartons et de
sacs à carreaux, ses « massage, massage » pareils au vrombissement
des mouches, ses backpackers décatis mêlés à la foule des consommateurs de
Rolex-Patek-Prada.
De l’autre côté, au prix modique
d’une traversée sur ces ferries nonchalants dont on bascule les dossiers des
sièges à chaque changement de rive, Central et ses tours (trous) bancaires, ses
passerelles labyrinthiques au-dessus des vieux trams à impériale
bringuebalants, son escalator géant au-dessus des ruelles de bazar sillonnées
d’écoulements d’eau de poisson, de parfums d’encens, d’odeurs de plats de tous
les coins du globe, ses trois pièces sombres chemises blanches empesées et
fines cravates noires derrière lesquelles glissent les cocktails de la
déconfiture, ses trottoirs aux portes de rideaux rouges devant lesquelles
chevauchent, dénudées, de philippines putes sur des tabourets de bar.
Du quarante-neuvième étage d’un
typique appartement hongkongais -id est,
minuscule- tout cela semble vain comme le grondement de la circulation, le jeu
de lego des immeubles enchevêtrés, l’équilibre précaire de tours longilignes ne
bénéficiant que de l’assise insuffisante d’une superficie ridicule,
l’exubérance des lumières, l’intensité urbaine menacée de tous côtés par la
végétation luxuriante qui croule des montagnes environnantes et par les
vagues démesurées que pourrait soulever le prochain typhon.
Les
plages de sable désertes des îles délaissées, la mélodie incompréhensible du
cantonais, les traversées paresseuses au touk-touk somnambule des ferries, les
mélanges bigarrés des races, les cahotements du tram et la marche rythmée qui
suit le flux apparemment erratique des passants sur passerelles suspendues
endorment cependant la conscience, indifférente aux dangers des tentacules du
dragon.
Pour d'autres descriptions de Hong Kong (Malraux et Wang Anyi).












