29 novembre 2006

Lecture à Shanghai

Wang Anyi, Le Chant des regrets éternels (Chang hen ge, 1995), traduction Yvonne André et Stéphane Lévêque, Picquier, 2006.

regrets

Pour un observateur qui dominerait Shanghai, le spectacle des longtang est impressionnant. Toile de fond sur laquelle ressortent rues et buildings comme autant de lignes et de points, semblables aux rides du pinceau qui, dans une peinture traditionnelle, suggèrent les ombres, ces ruelles meublent les vides. A la nuit tombante, quand les lumières s'allument, ces points et ces lignes s'éclairent et les grands pans d'ombre, derrière, forment les ruelles de Shanghai. Ce sombres, vagues déferlantes semblant repousser les lumières, prennent une épaisseur sur laquelle flottent points et lignes qui la fragmentent, ainsi la ponctuation qui délimite les phrases d'un texte. Ces ombres sont un gouffre: si on y jetait une montagne, elle serait engloutie sans un bruit. On dirait en effet que de nombreux écueils s'y dissimulent et qu'un moment d'inattention peut vous faire chavirer. Toutes les lumières de ces points et ces lignes ressortent sur les ombres de Shanghai depuis plusieurs dizaines d'années. L'éclat de ce Paris de l'Orient se déploie lui aussi sur ce fond d'ombre depuis plusieurs dizaines d'années. A présent, tout semble vieux, laissant peu à peu apparaître les marques du temps. (..., p. 15)

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