14 février 2003

Lijiang

14 février, Lijiang

Non ce n'est ni la bière ni les herbes du Yunnan qui causent mes dérives lyriques, peut-être est-ce seulement qu'à mesure que je m'éloigne des sentiers battus je déraille complètement, ou alors c'est l'altitude, ou le café du Yunnan (ouiii, on boit du café ici, youpie), ou que l'absence de virgules et parenthèses, indispensables à la compréhension de mes digressions vous a quelque peu désorientés. Je vais essayer d'être plus explicite, moins expressionniste, plus réaliste, moins surréaliste...  dommage. Ce qui peut paraître par ailleurs un voyage à la japonaise est en réalité une route parsemée d'étapes vers le Nord du Yunnan pour voir finalement une société matriarcale (ne t'inquiète pas, Cécile, je m'arrêterai s'il y a des montagnes de neige et j'essaierai de me trouver un-e compagnon-e de voyage).
Avant-hier, je suis allée visiter un petit village Naxi. En me perdant dans ses ruelles impasses labyrinthes, j'ai rencontré un charmant retraité qui m'a fait visiter sa maison "Quatre générations sous le même toit". Sa mère de 85 ans pratiquement sourde et aveugle mais encore bavarde, rescapée des pieds bandés mais se débrouillant encore bien avec sa canne,  la belle-fille, les deux petits-enfants, tout a fait taoqi et adorables, un petit garçon de quatre ans qui court dans tous les sens en avalant des glaces à la fraise à la chaîne et en grignotant des paquets de fangbianmian sèches (ces paquets de nouilles qu'on trouve même à la Migros, repas de base des célibataires paresseux et des délaissés), la petite cousine de deux ans et demi qui chante et raconte des histoires, gribouille et finit les paquets d'assaisonnement des mêmes fangbianmian (ceux qui ont goûté la version chinoise, inévitable dans les trains, imaginent les grimaces que cela peut provoquer, c'est pimenté et chimique). Excellente après-midi grâce à cet accueil chaleureux qu'il m'a malheureusement fallu abréger (proscrire la prévoyance), parce que j'avais déjà acheté mon billet pour Lijiang.
Trajet impossible à l'arrière du car, coincée entre deux énormes Chinois dans des routes de montagne. Juste la place de coincer mes fesses, donc aucune chance de valdinguer sur mon siège, mais à chaque virage 90 kg sur chacune de mes épaules alternativement, j'en ai des courbatures.
Hier, journée paresse, lessive, promenades. Chants traditionnels sur la place : chant antiphonique, une vieille marmonne et tout le cercle reprend à l'unisson et en uniforme -costume traditionnel et casquette mao, étrange mélange. Mélopée répétitive entraînant des rêveries épico-mythico-bucoliques. Le soir, j'ai remis ça, avec la danse de la grenouille en prime. De nouveau passé des heures à discuter en buvant du thé pendant l'après-midi, cette fois avec un artisan peintre et graveur sur bois. Discussion hautement philosophique dépassant largement mon pauvre vocabulaire à propos de l'artisan de Zhuangzi (boucher, forgeron... graveur), des deux poissons (je vois pas du tout mais je dis duidui quand même), de l'influence de la philosophie ancienne sur la pensée de Mao (j'ai dû promettre à plusieurs reprises de lire ses oeuvres complètes), des 5000 ans d'histoire blablabla.
Tout cela doit continuer ce soir, je suis invitée à manger... et à boire, mais j'ai averti que je ne buvais pas de baijiu (l'alcool fort chinois, qui me donne la nausée rien que de le respirer et dont le goût de pourri vous reste dans la bouche des heures, si vous avez le malheur d'y goûter... surtout que si vous commencez on ne vous laisse plus vous arrêter : énormément de neurones en moins au final).
Ce matin, je lis un peu en chinois pour mettre à jour mon vocabulaire politique, philosophique, historique et social, pour pouvoir tenir trois heures de bavardage arrosé, ouille ! Allez, je m'y remets.

Posté par lorellou à 17:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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